Francisco Guerau : Poema Harmónico
Xavier Díaz-Latorre, guitare (Coffret 3 CD)
En 1694, un prêtre-chanteur de la chapelle royale espagnole publia un ouvrage sans équivalent dans le répertoire de la guitare baroque. Francisco Guerau (1649–1722), né à Palma de Majorque et formé dès l’âge de dix ans au Real Colegio de Niños Cantores de Madrid, intitula son recueil Poema harmónico — un poème harmonique. Ce titre à lui seul révèle son ambition : là où ses contemporains écrivaient une musique mêlant accords plaqués et lignes pincées, Guerau composa entièrement dans le style punteado, dense en contrepoint, en demandant que chaque accord soit systématiquement arpégé. Santiago de Murcia, vingt ans plus tard, en fit l’éloge comme d’un livre qu’aucun amateur de guitare n’aurait pu ignorer — des « passacalles exquises, » jouées avec « une adresse consommée. »
L’univers de Guerau était celui de la Chapelle royale de Charles II, monarque qu’il servit comme choriste, chanteur puis musicien de chambre, et à qui le Poema harmónico fut dédié. Nommé Maître de musique du Collège des enfants de chœur en 1694, il disparut pratiquement des archives officielles après les réformes bourboniennes consécutives à la mort de Charles II — sans doute marginalisé, en tant que Majorquin, durant la Guerre de Succession qui s’ensuivit. Il mourut en 1722, sans jamais avoir publié le second volume qu’il avait promis.
L’enregistrement intégral de Xavier Díaz-Latorre — trente passacailles regroupées par tonalité, complétées par des jácaras, marizápalos, pavanes, gallardes, folías et bien d’autres, répartis sur trois disques — est le fruit de plusieurs années passées avec ce répertoire notoirement exigeant. Guerau restant silencieux sur les questions d’accord et d’encordage, Díaz-Latorre navigue entre sept configurations différentes selon la tonalité et la texture, et s’autorise de brèves improvisations dans les pièces issues de danses — une manière de restituer le contexte qu’un auditeur du XVIIe siècle aurait porté d’instinct.
Enregistré à la Chapelle de Notre Dame de Bon Secours à Paris, sur des guitares à cinq chœurs de Julio Castaño.